"UNIS DANS LA DIVERSITÉ" : DEVISE DES EUROPÉENS COMME DES INDIENS

 

La diversité linguistique est une caractéristique fondamentale du genre humain, ayant frappé beaucoup  de penseurs, dont, au premier chef, Zamenhof, qui a voulu, en créant l'espéranto, trouver le moyen de dépasser cet obstacle à notre unité. Les hommes ont effectivement la particularité, qu'ignorent la plupart des autres espèces vivantes, de se subdiviser en groupes émettant chacun sa culture propre, exprimée par sa langue. Ce qui leur donne ces patrimoines de caractères mentaux, acquis après la naissance, puis transmis par la parole, et n'ayant aucun lien avec le patrimoine génétique hérité dans les cellules.

 

Cette diversité culturelle de l'humanité est vraisemblablement apparue progressivement, lorsque la dernière variété du genre humain se répandait à la surface du globe, à travers des milieux écologiques variés, de plus en plus distants. Ce qui rend tout à fait mythique l'apparition d'une langue "originelle" commune. Après la tendance préhistorique à l'accroissement de la multiplicité des groupes, des langues et des cultures, l'histoire a pu générer des mouvements locaux vers un moindre émiettement et plus d'unité. Mais la diversité est restée immense jusqu'à nos jours, avec entre six et dix mille langues vivantes identifiées, ce qui donne une moyenne de moins de 100 000 locuteurs pour chaque langue actuelle.

 

Cette diversité foncière du genre humain n'a cessé de poser des problèmes de compréhension occasionnelle, comme de relation suivie, entre toutes ses composantes : entre individus d'origines différentes, entre groupes, voisins ou éloignés, ainsi que dans la construction des structures institutionnelles, à quelle échelle que ce soit : locale, régionale, continentale, mondiale. Les relations économiques ont pu tendre à l'apparition de langues commerciales, telles la lingua franca ; la diffusion des pensées religieuses a favorisé les langues porteuses de certains textes, et les relations entre pouvoirs politiques ont pu s'articuler, dès l'Antiquité, sur certaines "langues de chancellerie". Avant que les expansions politiques et militaires ne favorisent les langues impériales. Tandis qu'à l'intérieur de chaque entité politique la tendance se faisait jour, par volonté de simplification, de choisir une seule langue, de commandement, comme d'administration et, plus tard d'enseignement. Cette tendance fut consacrée par l'apparition, en Europe, de l'"État-nation", qui a prétendu faire coïncider sa structure politique avec l'existence d'un peuple ayant sa langue.

 

L'Europe, premier modèle supranational de dépassement des conflits ?

 

Cette prétention engendra ces siècles de conflits nationaux dont, en Europe, nous sortons enfin et non sans mal. Siècles au cours desquels l'État manipula langue, culture et sentiment collectif pour diviser les populations, les faire s'opposer, se haïr et s'entre-tuer ; jusqu'aux derniers conflits de l'ex-Yougoslavie, qui, après 1989, multiplièrent les horreurs des "nettoyages ethniques". Aujourd'hui, nous voyons que l'Europe, ayant surmonté ses divisions qui, au XXe siècle, furent à l'origine des deux guerres mondiales, est capable par ses gouvernements, comme par ses peuples descendant manifester dans la rue, de signifier au reste du monde que l'heure des conflits et interventions militaires devrait être révolue.

 

Cette Europe, devenue symbole de paix et d'union entre peuples, est maintenant en train d'édifier la structure politique continentale "supranationale" manifestant le dépassement définitif des oppositions du passé. Dont les conflits prétendument légitimés par les divergences de langues, de cultures, de traditions de pensée et d'appartenance ethnique religieuse ou autres. Ce processus unitaire doit tenir compte de la réalité indéniable et ineffaçable constituée par les communautés linguistiques juxtaposées, dont le nombre s'accroît avec chaque élargissement géographique de l'Europe institutionnelle. Au sein de cette Union Européenne, chaque État fait légitimement entrer sa, ou ses, langue(s) nationale(s) propre(s), qu'elle(s) soi(en)t particulière(s) ou commune(s) à plusieurs États. Car il est admis que toute langue nationale d'un État européen jouit de l'égalité formelle d'usage dans les institutions de l'Union. En laissant toutefois hors du compte certaines langues nationales secondaires ne conservant qu'une place de "langues de traités", tel le luxembourgeois et naguère l'irlandais. Plus toutes les langues "régionales et minoritaires" à l'intérieur de chaque État.

 

L'Europe des trente langues nationales et des vingt langues minoritaires.

 

L'Europe à Six avait, ainsi, officiellement, quatre langues (allemand, français, italien, néerlandais). L'Union Européenne à Quinze en eut onze (sept en plus : anglais, danois, grec, espagnol, portugais, finnois, suédois), et l'UE actuelle, à Vingt-cinq, en a maintenant vingt et une (dix en plus : estonien, letton, lituanien, polonais, tchèque, slovaque, hongrois, slovène, maltais et irlandais). Avec la Roumanie et la Bulgarie, l'UE à Vingt-sept aura vingt-trois langues. Avec les quatre derniers États de l'ex-Yougoslavie (Croatie, Bosnie, Serbie-Monténégro et Macédoine) et l'Albanie, l'Europe à Trente-deux en aura vingt-six (trois en plus : serbo-croate, macédonien, albanais).

 

Ou vingt-huit si l'on comptait séparément croate et bosniaque ; et dans une Europe à Trente-deux si le Monténégro et le Kosovo y entraient comme États de plein exercice. Enfin, en considérant la Suisse, la Norvège et l'Islande qui n'ont pas demandé leur admission à l'UE, mais sont membres de l'Association Européenne de Libre-Échange, on aboutit à un espace européen fonctionnel d'au moins Trente-cinq États avec vingt-huit langues (quatre en plus : islandais, norvégien et romanche). Cela sans l'Ukraine, la Moldavie, la Biélorussie ou la Russie qui composeraient l'Europe maximale à Trente-huit États et à trente-deux langues nationales (trois en plus : ukrainien, biélorusse et russe). 

 

Avec, à côté, les langues "régionales et minoritaires", dites aussi "moins répandues", que l'intégration européenne a très expressément décidé de protéger et d'aider à promouvoir. Parmi elles on compte celles d'une trentaine de minorités régionales d'un État qui parlent une langue reconnue nationale dans un autre. Mais, surtout une vingtaine de langues des "peuples sans État" et trois langues des "peuples sans territoire". Certaines bénéficient d'un statut régional et d'autres pas encore. Tout cela pousse le total des langues autochtones vivantes d'Europe, quel que soit leur statut, national ou régional, à une cinquantaine, qui, toutes, recueillent l'attention de l'UE veillant à leur assurer une pleine reconnaissance. Mais sans compter la Russie qui ajouterait une bonne cinquantaine de langues régionales en deçà comme au-delà de l'Oural.

 

L'U.E., troisième ensemble du monde par sa population (460 à 490 millions), avant les États-unis et première puissance économique.

 

L'unité culturelle de l'Europe actuelle repose donc sur sa volonté d'aménager la coexistence, à différents niveaux de cette cinquantaine de langues dans sa trentaine d'États. Problème qu'il convient, aussi, de replacer dans son cadre démographique. Sur la base des chiffres de 2005 (1), l'UE en passant de 15 à 25 États avait progressé de 386 à 461 millions d'habitants. Ce qui la plaçait au troisième rang dans le monde, après la Chine (1.311 milliard) et l'Inde (1.104 milliard), et loin devant les États-Unis (297 millions), l'Indonésie (223 m.), le Brésil (184 m), le Pakistan (149 m.), le Bangladesh (144 m.), la Russie (143 m.), le Nigeria (132 m.) et le Japon (128 m.). Cette troisième place démographique dans les entités politiques ne peut, à l'avenir, que se conforter avec une UE s'élargissant encore : à 27 (491 m.) avec la Roumanie et la Bulgarie, ou à 32 (516 m.) avec le reste des Balkans. Et, dans l'Association Européenne de Libre-Échange à 35 jusqu'à 527 millions. Voire bien plus encore si l'Europe de l'Est intégrait ce qu'en Russie on a désigné la "maison commune" : 594 millions avec Moldavie, Ukraine et Biélorussie, en restant autour d'une cinquantaine de langues ; et 737 millions avec la Fédération de Russie, qui apporterait une autre cinquantaine de langues.

 

La prospective démographique maintient pour 2025 le même classement : Chine, 1.476 milliard d'habitants, Inde, 1 363, UE à 25, 474 (ou Europe jusqu'au delà de l'Oural, 720), États-Unis, 349.   

 

Sur le plan économique, l'UE à 25, qui était déjà le premier exportateur, est devenue le premier comme producteur économique, avec, en 2003, un PNB en p.p.a. de 11 229 milliards de dollars contre 11 192 pour les États-Unis, en devançant de loin la Chine (6 492), le Japon (3 634), l'Inde (3 178), le Brésil (1 383) et la Russie (1 280). Mais, bien sûr, les différences démographiques font que si l'on rapporte le poids économique au nombre d'habitants le classement change quelque peu. Suivant le PNB en p.p.a. par habitant, pour s'en tenir aux principales puissances, toujours en 2003, on a : États-Unis 37 750 $ par an, Japon, 28 450, UE à 25, 24 350, Mexique, 8 980, Russie, 8 950, Chine, 4 980 et Inde 2 880.

 

Mais le défi de la grande puissance naissante qu'est l'Europe consiste, en même temps que de réaliser son unité politique, économique et monétaire, est de faire face à une diversité culturelle et linguistique particulièrement complexe qu'elle tient délibérément à sauvegarder.  D'où sa devise "Unie dans la Diversité". Comparé au monolinguisme strict des États-Unis et du Japon, et au monolinguisme de fait, de la Chine et de la Russie, où le chinois et le russe dominent respectivement, avec 93 % et 83 % des habitants face à une cinquantaine de minorités linguistiques respectives reconnues, le plurilinguisme de l'Europe, où règnent à égalité vingt langues, constituerait-il une impensable exception ?

 

Pas du tout, car l'Inde, deuxième puissance démographique, avec plus d'un milliard d'habitants, et cinquième puissance économique, a toujours reconnu sa diversité linguistique foncière et l'a aménagée dans un système fédéral modelé sur sa trame géolinguistique. En adoptant la devise "Unité dans la diversité" bien avant que l'Europe se proclame "Unie dans la diversité".

 

Une diversité linguistique comparable entre Europe et Inde.

 

Pour comparer la situation de l'Inde et celle de l'Europe il convient d'examiner la diversité de base des deux population, sur les plans linguistique, géographique et démographique, puis comment les structures politiques peuvent faire face à un tel enjeu, et conclure sur les résultats culturels attendus. Dans les deux ensemble le nombre des langues est comparable : avec une population qui est le double de celle de l'Europe, l'Inde a deux fois plus de langues recensées : environ cent dix, ce qui fait dans les deux cas un chiffre moyen de dix millions de locuteurs par langue. Mais si l'on prenait l'Europe totale avec plus de 700 millions on aurait aussi un ensemble de plus de cent langues autochtones.

 

Par contre la distribution en familles linguistiques est plus variée en Inde. Alors qu'en Europe la grande majorité (96 %) de la population appartient aux langues indo-européennes, et le reste, essentiellement, à la famille finno-ougrienne, en Inde les langues indo-européennes ne regroupent qu'un peu plus de 75 % de la population contre plus de 22 % aux langues dravidiennes et 2 % aux langues tibéto-birmanes ou du Sud-est asiatique. 

 

Les différences d'échelle de tailles sont plus grandes en Inde avec un plus large écart entre la langue principale, les moyennes et les toutes petites. En Europe, aucune langue n'est proche de la majorité : la plus parlée, l'allemand, avec 90 millions arrive à peine à 20 % de la population et les trois suivantes, français, anglais et italien, avec environ 60 millions, à 13 % chacune. Ce qui ne rassemble pas 60 % des Européens autour de leurs quatre premières langues. Alors qu'en Inde, vers 2001, le hindi, avec 410 millions, rassemble environ 41 % de la population, et avec ses deux langues sœurs, l'ourdou (55 m.) et le pandjabi (30 m.), 49.5 % de la population dans un même ensemble "hindoustani". Tandis que les neuf languies moyennes regroupent chacune de 10 % (bengali) à 8 % (télougou), 7.5 % (marathi), 6 % (tamoul), 4.5 % (goudjarati), 4 % (kannada), à 3.5 % (malayali, oriya) et 1.5 % (assamais), totalisent 48.5 %, et laissant les 2 % restant à près d'une centaine de petites langues.

 

Alors que, dans l'UE, en l'absence d'une langue dominante, après les quatre premières langues, la douzaine de langues moyennes sont à la fois plus nombreuses et plus petites : polonais (9 %), espagnol (7 %), néerlandais (5 %), portugais, hongrois, catalan, tchèque, suédois (2 %), danois, slovaque, finnois, (1%). Avec, en dessous du seuil de 1 % (5 millions) que vingt-cinq petites langues : cinq nationales (lituanien, letton, slovène, estonien, maltais) totalisant 2 % de la population, plus une vingtaine de régionales (sarde, basque, frioulan, gallois, breton, frison, asturien, corse, sorabe, etc.) ne totalisant qu'environ 1 % de la population. Ce qui laisse donc en Europe, un groupe des plus petites langues bien moins nombreux mais démographiquement comparable à celui de l'Inde.

 

En Inde, domine ainsi un ensemble quasi-majoritaire à 49.5 % (avec près de 495 millions de locuteurs) suivi de neuf langues moyennes (entre cent et douze millions) pour 48.5 % (485 millions), laissant une centaine de langues mineures dans les 2 % restant (20 millions). Alors que l'UE, dont la population est deux fois moindre, voit ses quatre langues majeures (de plus de soixante millions) se partager 60 % de la population (270 millions), suivies de douze langues moyennes (entre 40 et quatre millions) pour 37 % (165 millions), laissant 3 % (14 millions) aux vingt-cinq petites langues. Ainsi, en Inde, la diversité présente un écart plus considérable entre la première langue, numériquement dominante, les neuf moyennes, dont le total est démographiquement équivalent, et la centaine de plus petites langues. Tandis qu'en Europe la division entre les quatre langues majeures, les onze moyennes et les vingt-cinq petites est nettement moins marquée. Alors que, rappelons-le, entre le milliard d'Indiens et le demi-milliard d'Européens, le nombre total de langues correspond tout à fait : une centaine chez les premiers et une cinquantaine chez les seconds.

 

Les différences de développement historique.

 

Les différences de répartition entre les langues du sous-continent indien, et celles du "petit cap asiatique" qu'est l'Europe, comparées dans leurs poids démographiques, sont aussi à considérer dans leur distribution géographique. La position numériquement dominante de l'hindoustani est liée à sa situation centrale, ancrée historiquement sur la plaine indo-gangétique, qui fut, depuis la préhistoire, l'axe principal du peuplement indo-aryen, où régna le sanskrit classique, puis les langues qui en descendirent directement. Tandis qu'à la périphérie immédiate apparurent des langues plus éloignées qui s'individualisèrent plus tôt. Mais le rôle supérieur du sanskrit, puis du pâli, et enfin du persan et de l'ourdou ne laissèrent au hindi qu'un développement tardif, accéléré après l'Indépendance. Et, dans le Sud, ou Dekan, a subsisté le monde dravidien qui se subdivisa principalement en quatre grandes langues. Tandis qu'au nord, comme à l'Est, pénétrait la foule des petits groupes parlant des langues tibéto-birmanes ou de l'Asie du sud-est, restées très marginales et morcelées.

 

Au cours de l'histoire, les langues indiennes connurent donc un développement très variable. Ce furent, d'abord, à l'extrême sud, dès l'Antiquité le tamoul puis les trois langues qui s'en détachèrent au cours de notre ère : télougou, kannada et malayali. Tandis qu'à la même époque que les langues modernes européennes, naissait la demi-douzaine de langues "néo-indiennes" : marathi, bengali, goudjarati, oriya, ourdou, pandjabi, hindi, etc.  Mais sans l'appui continu que les États-nations fournirent aux langues européennes. C'est cette situation géopolitique, assez fluctuante sur les plans politique et culturel, qui poussa l'occupant britannique à rejeter l'usage central du persan ou de l'ourdou, instauré par les empereurs Moghols, comme des langues des multiples royaumes locaux, pour imposer délibérément au XIX e siècle la domination de l'anglais sur l'ensemble du Sous-continent. Et ce n'est qu'avec l'indépendance, survenue en 1947, que la question de la diversité linguistique de l'Inde sera abordée et réglée.

 

La place constitutionnelle des langues.

 

La Constitution de l'Inde, en 1949, fixe (Annexe 8), la liste des quatorze principales langues qui, aux côtés du hindi, "langue de l'Union", doivent contribuer au développement de celle-ci. Tout en spécifiant (Article 29) que :

"Tout groupe de citoyens résidant sur le territoire de l'Inde ou toute part de celui-ci ayant sa propre langue, écriture ou culture distincte, aura le droit de la conserver."

 

Avec une administration mise en place pour surveiller le bon exercice de ce droit. Par la suite, trois amendements successifs à la Constitution porteront à vingt-trois, en 2000, le nombre des langues dites "constitutionnelles" ou "de l'annexe" (scheduled). Mais le fait le plus marquant fut la création des "États linguistiques". L'Assemblée Constituante, en instaurant l'Union indienne en un État fédéral, avait dessiné ses États et Territoires sur la double base de la délimitation existante des "États princiers" des Maharadjahs et des "Provinces britanniques", en se contentant de la  simplifier grandement.

 

Ce faisant, les constituants avaient renoncé à procéder au redécoupage général de la carte administrative, revendication, maintes fois exprimée par le mouvement national du Congrès auprès des autorités coloniales, et visant à la rendre conforme aux grandes aires linguistiques historiques. Pour aller plus vite et, surtout, pour ne pas risquer trop de débats et d'affrontements pouvant rappeler ceux que venait d'engendrer la "Partition" créant le Pakistan.

 

Les Réoganisations géolingistiques.

 

Mais ceci se révéla un mauvais calcul car, dès les années suivantes, l'agitation populaire reprit à travers tout le pays pour demander la création, si longtemps attendue, des "États linguistiques". Et le gouvernement central dut donc procéder à toute une série de "Réorganisations" de la carte politique de l'Inde qui aboutirent à créer de nouveaux États correspondant aux aires linguistiques des principales langues ; et à supprimer toutes les entités artificielles issues des centaines d'États princiers et de la vingtaine de province directement administrées par le pouvoir britannique. Ce qui mena à une carte administrative collant aux principales aires linguistiques majeures. Mais toujours sujette à des retouches éventuelles pour satisfaire les demandes locales mineures.

 

Carte qui compte actuellement 28 "États", de plein exercice, et 7 "Territoires de l'Union", plus restreints, insulaires, ou urbains, comme Delhi, et souvent en cours d'aménagement en États.  Parmi les États, on en compte huit découpant la zone du hindi —le "Hindi Belt"—, huit correspondant aux langues indo-aryennes périphériques, et quatre, aux grandes langues dravidiennes. Plus huit, généralement plus petits, découpés pour satisfaire les revendications, et parfois les insurrections, des peuples de langues tibéto-birmanes des frontières du Nord-Est, comme les Nagas et les Mizos, ou bien des populations austro-asiatiques de la "jungle"intérieure : le Jharkhand.

 

Systèmes géopolitiques rigides ou perfectibles ?

 

Le grand intérêt du système géopolitique intérieur indien est qu'il colle à la réalité ethnolinguistique profonde de cette immense population. Ce que, par ailleurs, avaient prétendu faire également les systèmes marxistes-léninistes de l'URSS, de la Chine ou de la Yougoslavie, visant à découper le territoire en unités "autonomes" correspondant aux "nationalités" ethniques autochtones. Et cela dans une hiérarchie à plusieurs niveaux, suivant la taille, la dispersion ou le développement de chaque langue. Mais il faut remarquer que les découpages territoriaux issus de ces systèmes ont toujours été mis en place de façon autoritaire par les gouvernements centraux, sans consultation des populations intéressées, et sans ajustements ultérieurs, à de très rares exceptions près.

 

Ce qui fait que ces découpages ont pu, en fait, être assez souvent décidés, en fait, pour diviser des aires linguistiques d'extension jugées trop encombrantes sur le plan géostratégique, ou, inversement, pour "noyer" une population ethnique, aisée à cerner de près, dans une circonscription plus vaste où elle restait minoritaire. Mais les évènements qui ont suivi 1989 ont montré combien le découpage soviétique, si artificiel et contesté qu'il ait paru alors, est resté totalement immuable, à la seule exception du détachement de l'Ingouchie d'avec la Tchétchènie. Et à quel point celui de la Yougoslavie était arbitraire et injuste pour prêter à tant de terribles "nettoyages ethniques".

 

En Inde les imperfections du système, générées par les lenteurs administratives, les incertitudes parlementaires, les hésitations gouvernementales, les décisions simplistes de terrain, etc., ont souvent mécontenté les populations intéressées. Mais, au terme de longues attentes, de campagnes de presse véhémentes, ou de mouvements d'agitation de masse, on a pu, dans la plupart des cas, finir par aboutir à des solutions remettant en cause l'ordre imparfait précédemment établi. C'est la réalité de fonctionnement de "la plus grande démocratie du monde" que de démontrer qu'entre population et gouvernement, le dialogue n'est jamais clos, et que des évolutions sont toujours possibles, et sans parler de révolution.

 

La dynamique de l'usage des langues

 

Si en Inde la relation entre la structure ethnolinguistique des populations et celle du cadre géopolitique de l'État est étroite et peut toujours être améliorée, la répartition des langues dans l'usage des individus et des groupes ne l'est pas moins. Entre les langues natives et celles de relation et de culture l'éventail des possibilités est grand pour les individus. Mais il est, en premier lieu, soumis aux pratiques des institutions elles-mêmes. Au-dessus des langues natives qui sont une bonne centaine, se situent les langues des États et Territoires qui correspondent, plus ou moins, mais pas nécessairement, aux vingt-trois langues "constitutionnelles", et, enfin, au niveau supérieur, les deux langues de l'Union que sont le hindi et, à titre secondaire, l'anglais.

 

D'abord ce cadre même a pu, rappelons-le être soumis à certaines évolutions.

 

La langue native est, en Inde, plus fixe qu'ailleurs, du fait des règles sociales de mariage qui poussent à une certaine endogamie sociale. Mais les mariages mixtes, entre gens de conditions et d'origines géographiques distinctes, se multiplient quand même. Du fait, notamment, des changements de domicile imposés par la recherche de travail, des campagnes vers les villes, et, aussi, par les fonctions exercées dans l'emploi public, comme dans les entreprises privées.

 

La langue des institutions territoriales, non strictement limitées à la liste de la Constitution, a pu évoluer avec l'allongement de cette liste, comme avec les modifications de la carte administrative faisant changer certaines localités de territoire administratif, et, donc, linguistique. La langue locale de l'administration étant aussi, en principe, celle de l'enseignement, et, en plus, des médias, a un rôle véhiculaire et de formation culturelle dominant qui peut surpasser nettement celui de la langue native des individus, voire des groupes qui n'ont pas pu, ou pas voulu, promouvoir la leur.

 

Enfin, au niveau central, de la capitale et de toutes les institutions fédérales, on trouve le hindi, "langue de l'Union", et l'anglais qui ne devait l'accompagner à titre secondaire que pendant quinze ans, mais l'est resté à titre indéfini, du fait de l'opposition décidée de la population de certains États situés hors du "Hindi Belt". Ce qui fait que le hindi s'est, depuis cinquante ans, largement répandu en certaines régions, surtout en bordure de sa zone, mais moins dans l'extrême sud dravidien. Parallèlement l'anglais a continué à se diffuser partout en Inde. Bien plus que tout autre langue. Surtout dans les milieux cultivés et d'affaire où l'on tient, de plus en plus,  à envoyer les enfants dans la filière payante des écoles où l'enseignement se fait en anglais, les "English-medium schools". Ce qui leur ouvrira les portes de toutes les fonctions, privées ou publiques, de l'Inde à la Californie.

 

Mais familles restant néanmoins attachées, comme l'ensemble des Indiens, à leur langue ancestrale, qui reste, pour chaque individu, native et première. L'anglais, diffusé comme langue seconde, est pratiqué par un faible pourcentage des Indiens : 4.6 %, soit près de 25 millions, selon le Recensement de 1971, à comparer aux 3.1 %, soit 17 millions déclarant le hindi seconde langue. Quant au chiffre des Indiens ayant l'anglais comme première langue, il reste extrêmement faible, limité pour lessentiel à celui des Indiens d'ascendance mixte, les "Anglo-Indiens" ; et qui est même en déclin : 202 00 en 1981 et 179 000 en 1991.

 

Par contre, aux côtés de celle du hindi, la diffusion, à titre secondaire, des autres langues principales s'accroît constamment, du fait des déplacements et des progrès de l'instruction. Les seules langues qui ne connaissent que peu de diffusion extérieure sont la centaine des petites langues, généralement non-enseignées, et, quelquefois même, refusées dans l'enseignement auxquelles elles ont droit, par leurs communautés de locuteurs natifs, qui préfèrent voir leurs enfants éduqués dans la langue de l'État local ; à défaut de l'anglais. Sauf lorsque, par suite d'un succès de mouvement autonomiste, leur territoire est promu et, avec lui, leur langue, phénomène possible et vécu, mais qui ne touche pas l'ensemble de la centaine des petites langues.

 

Quelles leçons tirer pour l'Europe du modèle indien ?

 

L'expérience du milliard d'Indiens, soumis à un plurilinguisme ouvert tant sur le monde que sur tout leur sous-continent, mais conservant leur diversité profondément enracinée, est tout à fait singulière. Alors que dans bien d'autres parties de l'Asie, comme en Afrique ou aux Amériques, le rouleau compresseur de la "mondialisation", après ceux des impérialismes coloniaux, ne fait principalement que propager l'anglo-américain, après ou par-dessus la langue coloniale. Avec de très exceptionnelles prises en considération des langues autochtones, dont très peu bénéficient d'une reconnaissance nationale ou d'un statut local.

 

Que retenir, pour l'Europe du message indien ? Certainement les deux principes généraux d'aménagement, qui permettent de préserver la diversité, tout en ouvrant les individus au monde, en dépassant l'opposition apparente entre la singularité identitaire et l'extension des relations extérieures. Et cela donc, sur les deux plans essentiels de la pratique des langues, propre à l'individu, et de l'aménagement du territoire en fonction des communautés ethniques.

 

Aménagement de la carte géopolitique ?

 

Sur le plan de l'aménagement territorial, l'Inde a pu remanier complètement sa carte administrative, héritée de l'Empire britannique, pour se donner, pas à pas, au gré des revendications locales, des États et Territoires correspondant à ses principales communautés linguistiques, et selon un tracé suivant d'assez près les limites des aires linguistiques. Opération qui est radicalement hors de question dans une Union Européenne où sont en cours les délicats processus d'intégration d'États-nations déjà constitués. États-nations dont chacun, visait, par principe, à correspondre à une entité ethnique propre, mais qui ont acquis, au cours de l'histoire, des frontières, coïncidant rarement avec les limites des aires linguistiques. Frontières internationales héritées d'un passé, nourri d'antagonismes exacerbés, dont on ne saurait, aujourd'hui, remettre en cause le tracé sans raviver de bien inutiles tensions. Et ce qui serait, d'ailleurs, contraire aux conventions d'Helsinki prescrivant de respecter définitivement les frontières existantes. Tout en recommandant, à l'intérieur de cette trame, les aménagements nécessaires à la meilleure entente avec toutes les communautés minoritaires.

 

Donc, dans une Europe où se met progressivement en place le cadre supranational, ce n'est pas le cadre national, profondément enraciné, qui est à remodeler, mais c'est, en certains points seulement, le cadre infra-national, qui devrait être aménagé. Alors qu'en Inde le processus a commencé, avec l'indépendance d'une nation résolument proclamée unique, ­—à la différence des "États multinationaux", tels que se sont qualifiées l'URSS et la Fédération de Russie comme la Chine— par l'adaptation de son cadre fédéral, par définition, donc, infra-national, à la diversité de ses communautés ethnolinguistiques. En effaçant une simple trame administrative, laissée par une domination coloniale, et ne reposant que sur une pesanteur administrative récente et sans grandes bases dans la tradition historique et populaire.

 

Aménagement du multilinguisme ?

 

C'est, par contre, sur le plan des pratiques linguistiques que le modèle indien peut servir d'enseignement à l'Europe. En tenant compte des différences entre ces deux grands ensembles. Différences qui ne tiennent pas, comme nous l'avons vu, à l'ampleur de la diversité :120 langues pour un milliard d'habitants, ou une cinquantaine pour un demi milliard. Et guère plus aux inégalités de développement : environ vingt-cinq langues "constitutionnelles" en Inde face à une centaine de langues mineures, à comparer à une trentaine de langues nationales face à une vingtaine de langues sans État. Mais plus, en fait, a l'inégalité démographique entre les principales catégories de communautés linguistiques. Puisque l'Inde a une langue quasi-majoritaire, mais pas du tout l'Europe, et qu'en dessous du niveau, lui, comparable, des deux trentaines de langues moyennes, les langues mineures sont, en Inde, bien plus nombreuses et petites : essentiellement restreintes à des nombres infimes de locuteurs. Mais qui, néanmoins, sont toutes considérées comme à sauvegarder.

 

À ces trois niveaux correspondants —des minorités, des États et de l'ensemble de l'UE— que pouvons-nous donc emprunter à l'exemple indien ? L'Inde reconnaît expressément à toutes ses communautés autochtones, indépendamment de leur effectif, le droit d'obtenir des institutions publiques l'enseignement de leur langue et de leur culture, dans la mesure où elles le demandent. Ce qui ne va pas sans favoriser, en fait, et dans le long terme, les langues moyennes, déjà institutionnalisées et donc appuyées sur la rentabilité immédiate de leur acquisition, sur le plan des activités sociales et économiques des individus. Et l'UE, qui a pris position clairement pour la défense et la promotion des langues minoritaires, pourrait tirer un enseignement de cette expérience. En incitant les États à mieux protéger la vie des langues sans État, comme de toutes leurs autres langues rendues minoritaires par les tracés frontaliers du passé que l'on ne peut modifier. Comme le gouvernement central de l'Union indienne veille à ce que les États respectent les droits de leurs minorités en publiant chaque année le rapport du Commissaire nommé à cet effet.


         Au niveau des langues des États, nationaux en Europe, régionaux en Inde, les deux situations, sont assez comparables, quant à la solidité de leur institutionnalisation interne et de leur très variable rayonnement et diffusion externes. Les autorités centrales indiennes ont souvent marqué leur volonté d'inciter les Indiens à varier leur plurilinguisme en ouvrant l'éventail des langues de l'Union qu'ils apprennent à tous les niveaux d'enseignement. Selon les prescriptions des "Three-language Formulas" visant à obliger chaque Indien à équilibrer l'acquisition entre langues de l'Union, de son État et de sa communauté. De même que dans l'UE on s'ingénie, de Bruxelles, à faire que chaque État tende à élargir l'enseignement à au moins deux langues étrangères pour chaque individu. Tout cela pour faire que, dans un grand espace plurilingue, les différentes communautés, nationales ici, régionales là, aient le plus possible de liens multiples de connaissance réciproque et de relations effectives. Respecter foncièrement la diversité en maintenant la singularité de chaque communauté, ne doit en aucune façon empêcher de favoriser les ouvertures les plus diverses aux autres, lointains ou proches.

 

Une langue commune au niveau de l'Union ?

 

C'est, enfin, au niveau de l'Union que les deux situations, dans leur état actuel, diffèrent le plus fondamentalement. Et c'est à ce niveau que l'expérience indienne apporte, aussi, des éléments ouvrant vers des perspectives d'avenir. L'Inde a voulu promouvoir le hindi, sa langue autochtone centrale et quasi-majoritaire, au rang de seule langue de l'Union. En ajoutant à ses côtés, dans un rôle officiellement secondaire et initialement temporaire, mais maintenant pérennisé, l'anglais, hérité du système colonial, mais de plus en plus considéré comme un outil d'ouverture au monde. Après un demi-siècle d'expérience, on peut dire que la diffusion de ces deux langues n'a cessé de progresser, mais assez inégalement : l'anglais est plus diffus dans l'ensemble du pays, car ne s'identifiant nulle part à un groupe dominant et paraissant  partout accessible à tous avec autant d'aisance ou de difficulté. Alors que le hindi reste relativement marqué par sa provenance géographique et son moindre prestige culturel.

 

À ce niveau, de la langue de l'Union, le schéma indien n'est pas transférable à l'Europe où aucune langue ne domine, par un poids démographique comparable, ni par une position centrale ou une suprématie passée. L'anglais, dépassé en poids de locuteurs premiers par l'allemand (et plus encore, éventuellement, par le russe) n'en possède pas plus que le français et l'italien. Il n'hérite du passé d'aucune de ces positions continentales dominantes que le français, l'allemand ou le russe ont pu, ou voulu, dans le passé, exercer sur les plans tant culturel que politique ou militaire. C'est sa diffusion présente comme langue étrangère arrivant largement partout au premier rang, car instrument de la mondialisation, qui le fait considérer, de plus en plus, comme incontournable au niveau des institutions centrales de l'UE où il a déjà détrôné le français, naguère en première place.

 

 Mais, dans l'état des relations entre membres de l'UE, il ne peut être question de conférer à l'anglais, pas plus qu'à une autre langue, un quelconque monopole, ou une prééminence déclarée, au niveau des institutions de Bruxelles, où toutes les langues nationales des États membres conservent une égalité potentielle d'emploi. Simplement, sur le plan fonctionnel, l'usage indispensable de la traduction, tout en garantissant la liberté d'utilisation de vingt-et-une langues de travail, incite à s'orienter pratiquement vers une polarisation des opérations au jour le jour, autour du petit nombre de "langues-pivots", les plus répandues, connues et accessibles par les locuteurs des autres langues, et qui seraient trois : l'anglais, le français et l'allemand. 

 

C'est aussi à ce niveau, que l'on peut envisager l'utilisation de l'espéranto, dans la mesure où ses associations de locuteurs pourraient se faire entendre à Bruxelles, par l'intermédiaire de leurs États, ou directement. Car l'argument de l'accessibilité et de la compréhensibilité militerait aisément en sa faveur, plus que celui de sa diffusion présente dans les populations ou les médias. Sans porter ombrage aux langues nationales, bien installées au niveau des États, ni aux langues les plus répandues sur le plan international. Avec, aussi, le fait que la prédominance nettement européenne de l'origine du lexique de l'espéranto fait que cette langue devrait trouver, chez les Européens, son meilleur accueil de proximité. Et cela pourrait marquer, aussi, un notable pas vers une adoption similaire de l'espéranto sur les autres continents.

 

"Unie dans la diversité", la devise de l'UE adoptée bien après celle de l'Inde, reste, la aussi, sur la voie féconde de la recherche de modèles vers une humanité pacifique et une gouvernance mondiale effective. Car, au-dessus du niveau des unités continentales ou subcontinentales, se pose, de plus en plus impérativement, au XXIe siècle, le problème de l'unité mondiale dans le respect de toutes les langues et cultures de tous les pays.

 

Roland J.-L. Breton

Professeur émérite de Géographie

à l'université de Paris 8 (Vincennes-St Denis)

 

 

(1) pour les chiffres de 2003, 2005 et 2025 voir :

         Population & sociétés, n° 414, INED, Paris, juillet-août 2005

         2005 World Population Data Sheet, Populatioon Reference Bureau, Washington, 2005.

         World Population projections to 2150, UNO, New York, 2004.

 

BIBLIOGRAPHIE INDICATIVE

 

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     1964          LES LANGUES DE L'INDE DEPUIS L'INDÉPENDANCE: Étude de géographie culturelle du monde indien -Inde, Pakistan, Ceylan, Népal-.

              1e édition 1964, 2e éd. revue et augmentée 1968, Publications des Annales de la Faculté des Lettres d'Aix, Série "Travaux et Mémoires" n° XXIX (285 p. dont I6 tableaux, 12 cartes, bibliographie, index)

 

    1967 LE FEDERALISME LINGUISTIQUE EN INDE

              Europa Ethnica,  1967, n°  2, Vienne, Autriche (pp. 50-61)

 

    1970 LES PROVINCES ET LES ETHNIES DE L'INDE

              Notes et Études Documentaires, n° 3714-3716, 7 sept. I970, La Documentation Française, Paris (111 p., 24  cartes)

 

    1976 LE REGLEMENT DES LITIGES ETHNO-LINGUISTIQUES TERRITORIAUX EN INDE

              La Monda Lingvo-Problemo (Language Problems and Language Planning) Vol.6, n° 16, La Haye, Mouton, 1974-75-76 (pp. 1-16)

 

    1991 UN MODÈLE INDIEN DE DÉMULTIPLICATION DE L'ÉTAT ET DE DÉSAMORçAGE DES TENSIONS NATIONALES ?

in : Théry, H. : L'État et les stratégies du Territoire, hier et aujourd’hui, Actes du Colloque “L'État et les stratégies du territoire hier et aujourd'hui" , Paris-Sorbonne, 29-30 mai 1989, Paris, Collection Mémoires et Documents, CNRS, 1991 (pp. 79-86 , 3 cartes)

 

1991 LES DISCORDANCES ENTRE FRONTIÈRES POLITIQUES ET LIMITES D’AIRES LINGUISTIQUES DANS LA COMMUNAUTÉ EUROPÉENNE Revue géographique de l’Est, 1991-2, Nancy (pp.99-104, 1 carte)

 

     1994          HOW MANY LANGUAGES IN INDIA WITH HOW MANY SPEAKERS ?

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1997 CONTACTS DE LANGUES ET CONFLITS LINGUISTIQUES EN INDE,

          in : Labrie, Normand, ed., Etudes récentes en linguistique de contact,  1997, Bonn : Dümmler.

 

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          in : Le Courrier de l’Unesco, / The UNESCO Courrier / El Correo de la UNESCO, n° 1205, avril 2000, pp. 23-24,  + carte Diversités linguistiques, pp. 20-21

 

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2002 LA POLITIQUE LINGUISTIQUE DE L'INDE : UN MODÈLE COMPLEXE, DYNAMIQUE ET DÉLIBÉRÉMENT INACHEVÉ.

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2003 L'ÉCOLOGIE DES LANGUES DANS LE SUBCONTINENT INDIEN

          In : Boudreau, A, L. Dubois, J. Maurais & G. McConnell, Colloque international sur l'Écologie des langues, 2003, Paris : L'Harmattan, coll. Sociolinguistique, et Langue et Parole, pp. 217-228